Le 24 avril dernier, le Parlement européen votait la réforme du « pacte de stabilité et de croissance » créé en 1997. En discussion depuis plus de deux ans, cette nouvelle mouture vient réaffirmer les critères de Maastricht, dont l’application avait été suspendue durant la période Covid et qui prévoient pour les États membres de limiter leur déficit à 3 % du PIB et leur dette à 60 % du PIB. C’est en réalité un pacte d’austérité qui est à nouveau voté. Un texte soutenu et porté par la droite, les macronistes et les socialistes européens. Dès septembre 2024, les États devront montrer patte blanche devant la Commission européenne en déposant leurs plans nationaux budgétaires. Ils seront alors soumis à ces nouvelles règles à compter du 1er janvier 2025.
En France, le gouvernement d’E. Macron n’a pas tardé à s’inscrire dans cette trajectoire austéritaire car outre les attaques contre la réforme de l’assurance chômage, le recul de l’âge de départ à la retraite, de nouvelles réformes violentes sont en préparation sur la santé, le logement, les politiques d’aide à l’emploi…
Dès février 2024, Bruno Le Maire actait par décret, et donc sans que la représentation nationale n’en débatte, un plan d’économies de 10 milliards d’euros sur le budget 2024 et 10 autres milliards sont en discussion. Pour 2025, c’est 20 milliards d’économie qui sont annoncés, l’équivalent de 600 000 postes d’enseignant.es ou d’infirmier.es. Plus de 75 milliards d’économies à l’horizon 2027. Au regard de l’état de nos services publics, c’est un véritable massacre à la tronçonneuse qui attend les Français.es.
Car comme le confirme l’étude menée par l’Institut La Boétie dans le focus de son point de conjoncture de mai 2024, en matière budgétaire, ce sont les services publics qui paient la note. Les deux économistes rédacteurs, Sylvain Billot et Vincent Drezet, écrivent : « Il y a là un paradoxe : d’un côté, des coupes sans cesse plus profondes dans les dépenses sociales et des services publics dont la qualité est perçue comme s’étant dégradée; de l’autre, un déficit et une dette publique record ».
Pour expliquer ce paradoxe, les deux auteurs de la note s’appuient sur l’analyse du revenu national sur les 4 dernières décennies et constatent un report en faveur du capital au détriment des services publics et des salaires. Depuis 1980, ils constatent une stagnation à 20 % de la part du revenu national consacré au financement des services publics – alors même que les besoins ont augmenté du fait par exemple du vieillissement de la population – des salaires qui ont stagné, tandis que la part des revenus du patrimoine (dividendes, intérêts…) et des revenus immobiliers (loyers) a progressé de 7 à 12%.
On constate un système de vases communiquant avec la part des services publics dans la dépense de l’État en recul de 5 à 6 points et celle des subventions en hausse de 4 à 5 points.
Arguant de la dégradation continue des comptes publics, le gouvernement, loin de s’interroger sur ce paradoxe et de remettre en cause sa doctrine libérale de politique de l’offre, continue ses attaques sur des secteurs déjà bien malmenés depuis plus de 20 ans.
Car c’est bien le choix idéologique d’une politique de l’offre qui est en cause à travers les aides publiques distribuées aux entreprises, qui plus est souvent sans contrepartie ni même obligation de rendre des comptes, les niches fiscales et sociales qui leur sont accordées ainsi qu’aux plus riches. Le choix de délaisser les services publics au bénéfice des profits du secteur privé.
Des choix budgétaires relayés par les gouvernements français depuis plus de 30 ans, du parti socialiste à la macronie en passant par la droite, qui en plus d’être inefficaces, créent les conditions, sans jamais être interrogés sur leur pertinence, sur lesquelles les idéologues libéraux s’appuient pour continuer leur projet funeste de saccage de nos services publics. Leur projet se résume ainsi : sacrifier les besoins de la société sur l’autel de l’accumulation sans fin du capital.
Manon Aubry dont le groupe politique européen a été en première ligne pour s’opposer à ces nouvelles saignées budgétaire tweetait en avril dernier : « Plutôt que de s’en prendre aux pauvres, taxons les riches et les superprofits ! »

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